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La B.R. de E.



Décidément, durant toute ma carrière mon épouse n'aura parlé que de divorce.

J'avais choisi la B.R. de E. un peu en fonction du logement, un F5 de 95 M2. En fait, il était un peu plus petit 75 M2 mais surtout il était placé dans une banlieue que l'on pourrait maintenant qualifier de "sensible".

NOTE : Les Militaires de la Gendarmerie ne sont pas tous logés à la Brigade. Le manque d'infrastructure oblige la Gendarmerie à prendre en location des logements situés à l'extérieur.

Ce logement était occupé auparavant par un gendarme secrétaire qui pouvait se permettre d'aller "travailler" en tenue civile. Pour moi, il n'en était pas question. J'ai vite été repéré par les gentils loubards du quartier.

Comme cadeau de bienvenue, j'ai aussi été sélectionné pour un stage de franchissement de grade de trois semaines à SAINT MAIXENT.

J'ai donc laissé épouse, enfants et cartons à déballer pour aller m'instruire.

Je ne me suis pas trop plu à E. L'adjudant qui commandait la B.R. venait d'outre mer et n'avait pas encore pris toute la mesure du travail qui incombait à ce genre de brigade. Je pense qu'il s'y est mis par la suite.

A mon arrivée la région était écumée par des petits truands spécialisés dans le hold-up des agences bancaires. 8 hold up dans les 6 derniers mois

Gendarmerie et S.R.P.J. était associés dans la recherche de ces malfaiteurs par une commission rogatoire commune du Juge d'Instruction.

les faits se passaient tous en zone Gendarmerie. A chaque alerte un plan de barrage était mis en place et la mission de la B.R. était de prendre au passage les policiers du S.R.P.J. pour des patrouilles mixtes police-gendarmerie.

Seulement à chaque fois, retardés par la recherche de nos camarades policiers, nous arrivions trop tard. les véhicules utilisés par les malfaiteurs étaient retrouvés pratiquement au même endroit : à la sortie d'un point de passage obligé (un col).

Un jour, alors que je commandais la B.R. par intérim, j'ai "oublié" le S.R.P.J.

J'aurais dù être puni mais nous avons été percutés violemment par la voiture des malfrats dans le col, juste avant qu'ils ne parviennent à se dissimuler jusqu'au lendemain, dans un chemin de terre.

Mes camarades présents et moi-même avons reçus un Témoignage de Satisfaction assorti d'une gratification de 300,00F. L'adjudant, de repos ce jour là, a été aussi félicité...

Je ne me plaisais vraiment pas à E., mon épouse et mes enfants non plus.

J'ai alors profité du jour où mon adjudant, sans état d'âme, m'a envoyé arrêter un de mes voisins de palier, petit assassin sans envergure. J'ai refusé la mission et demandé ma mutation dans une autre région.

Je ne suis resté qu'un an et demi à E., le temps de passer M.D.L.Chef. Ma demande de mutation a été acceptée sans trop de difficultés grace à l'affaire ci-dessus et surtout à un certificat médical dénonçant le climat de la région comme étant néfaste à la santé de mes enfants.

En 1976, mon père est décédé. J'ai reçu, par écrit, les condoléances attristées du Colonel Commandant le Groupement, dont le bureau était situé au dessus du mien et qui passait tout les jours devant ma porte ouverte.

J'ai apprécié l'élégance du geste.

Je m'aperçois que je n'ai pas parlé du Commandant de Compagnie, le capitaine J. Il est décédé en 1980.

A mon grand étonnement, j'ai été nommé Commandant de Brigade à U., petite unité rurale sise dans une commune de 1000 habitants. Mutation à compter du 1er Septembre 1976, juste pour la rentrée des classes.(exceptionnel)

NOTE POUR LES CIVILS :Il était très rare que les mutations coïncident avec les vacances scolaires d'où de sérieuses perturbations dans l'instruction des enfants. Cela s'est arrangé un peu actuellement.

Je part de E. sans aucun regret mais avec un peu d'appréhension quant à mon prochain poste.