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La Brigade de Recherches de D.



Après l'euphorie de la mutation, une déception. Le logement : 3 pièces, 50 mètres carrés. Une femme, son mari, deux enfants, bientôt trois à caser dans ce mouchoir de poche. Nouvelles menaces de divorce dans l'air.

NOTE POUR LES CIVILS : Les gendarmes sont logés gratuitement par nécessité absolue du service, enfin logés...J'en parlerai plus loin

Les meubles sont empilés au grenier et on campe. De toutes façons je n'y étais pas souvent dans ce logement. Beaucoup d'affaires judiciaires dans le département = beaucoup de déplacements, mais cela me plaisait. Je travaillais avec un homme d'exception.

J'ai appris ce qu'était une affaire judiciaire et comment la traiter, les interrogatoires, les empreintes, les recherches de témoins, les drames etc..

Faire respecter les limitations de vitesse, les stationnements, les infractions à la police de la pêche, cela rentre dans le cadre des missions de la Gendarmerie. La police judiciaire c'est LA mission de la Gendarmerie.

A la B.R. de D. nous traitions 8 affaires d'assises par an sur une dizaine pour l'ensemble du département. Il en restait deux pour la Police Nationale. Il faut dire que la ville elle même était plutôt calme.

La brigade de recherches était à l'effectif de 7, le C.B., un chef adjoint et cinq gendarmes sensiblement du même âge, tous hyper motivés.

Le gros problème pour le Commandant de B.R. était de choisir le ou les volontaires pour enquêter avec lui sur une affaire. A chaque fois, nous étions tous partants même si nous étions de repos.

Au fait, les repos hebdomadaires étaient maintenant officialisés à un jour et demi plus une demi journée tous les quinze jours.(toujours non règlementaire).

Je pense avoir fait le tour, dans cette Unité, de tous les cas de figure pouvant se présenter, homicide, infanticide, hold up, gros cambriolages, proxénétisme. Tout n'était pas élucidé bien sûr, mais le taux de réussite était remarquable.

Par contre, pas d'affaire de stupéfiant. La drogue n'est encore pas à la mode.

Je viens d'avoir mon deuxième galon, juste avant de passer pour la première fois l'examen d'O.P.J. (raté comme je l'ai déja dit. On recommence).

L'assassinat d'une personne âgée avait provoqué une certaine émotion à quelques km de D. Le crime avait été commis dans une maison isolée. La victime, qui vivait seule était retrouvée le lendemain par un voisin. Elle gisait sur son lit, ligotée, étouffée par un baillon, un gros saucisson entre les jambes. Ce dernier fait n'avait pas été transmis à la presse.

Après deux mois d'enquête ininterrompue, un renseignement minime était communiqué. Alors qu'il se trouvait dans un débit de boissons notre informateur plaisantait avec d'autres clients, sur un hold up qui venait d'être commis à Y. Un consommateur aurait alors dit "Moi, je ferais pas un hold up. Je trouverais une vieille avec du pognon et je lui ferais dire où il est en lui mettant une saucisse dans le c.." Son crime lui avait rapporté quelques centaines de francs.

Une enquête de voisinage a aussitôt été menée sur l'individu qui avouait son crime un mois plus tard.

Durant deux mois, nous avions recherché un renseignement de ce type en "harcelant" jours après jours les habitants de la commune.

Il était opiniâtre mon petit chef. Il vient de passer adjudant après quinze ans de service, au moins, et une vingtaine d'affaires du même genre menées avec succès. Tout vient à point à qui sait attendre.

Deuxième essai, réussi, pour mon exament d'O.P.J.. Résultats au mois de juillet, inscrit au tableau d'avancement au mois de décembre. Le pire c'est que je n'avais rien demandé, ne me sentant pas l'étoffe d'un meneur.

Nous sommes en 1974 et je vais devoir quitter D..

Je vous parle un peu des officiers du Groupement de l'O., et de la compagnie de Gendarmerie de D. dont dépend la B.R.?

Sinon vous pouvez passer à autre chose.