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Pour quelques rouleaux de moquette.


Lorsque Monsieur H. à V-sur-B a été réveillé en pleine nuit par les aboiements de son chien, il s'est levé d'un bond. L'animal était enfermé dans son magasin à quelques kilomètres de là.

"Quelqu'un à ouvert au chien", dit-il à son épouse, "certainement des cambrioleurs". Et il part en voiture.

Sa femme ne le voyant pas revenir, prévient la gendarmerie et se rend sur place. Elle découvrira le corps de son mari sur le parking de la quincaillerie-droguerie, atteint d'un coup de fusil de chasse.

S'agissant d'un homicide, la B.R. de D. est appelée en renfort, suivie de près par le procureur de la République et le juge d'instruction.

Une information est ouverte sur le champ.

Très peu d'éléments sont recueillis. Une vitre du bureau du magasin a été brisée, il manque apparemment quelques rouleaux de moquette, des bidons de colle et d'autres accessoires.

Une empreinte de pas, parfaitement visible est photographiée.

L'enquête de voisinage est vite réalisée. Le magasin se trouve hors agglomération. La plus proche habitation est à une centaine de mètres.

C'est pourtant dans cette maison que nous recueillerons le seul renseignement.

A l'heure ou monsieur H. est parti, le riverain a entendu passer sur la route, très peu fréquentée la nuit, un "tub" citroën qui faisait "un potin du diable".

Un tub citroën, vous êtes sûr? Parfaitement sûr, déclare notre témoin, j'en possède un alors vous pensez si je reconnais le bruit du moteur, de plus ce doit être un vieux modèle.

Toutes les B.R. implantées au siège des préfectures sont sollicitées pour relever sur les registres des cartes grises, les véhicules citroën du type fourgon.

Le fabricant de la semelle de chaussure dont l'empreinte a été relevée est contacté. La semelle est montée sur une multitude de chaussures. Rien à attendre de ce côté.

Coup de théatre après une semaine d'enquête. Madame H. a reçu la visite d'un habitant de V-sur-B qui lui a avoué en pleurant qu'il était le meurtrier de son mari.

Quarante heures de garde à vue n'ont pas fait changer d'avis cet assassin providentiel qui ne pouvait toutefois rien détailler des conditions dans lesquelles il avait commis son acte, qui ne possèdait pas de fusil et chez qui aucun objet n'avait été retrouvé.

C'est son psychiatre qui nous expliqueras l'énorme complexe de culpabilité dont souffre son client, le poussant à prendre à son compte toute la misère du monde.

Ce n'est que deux mois plus tard que les auteurs du crime seront arrêtés, bêtement.

Le propriétaire d'un chalet de montagne situé à 200 kilomètres de V-sur-B, intrigué par le comportement de locataires saisonniers, décide de visiter son chalet en l'absence des occupants.

Il découvre alors quantité d'objets entreposés dans le garage. Il n'a jamais entendu parler du crime de V-sur-B mais il prévient les gendarmes locaux.

Le déclic se fait aussitôt chez ces derniers, d'autant que les locataires possèdent un tub Citroën.

Trois jeunes gens seront arrêtés après une course poursuite se terminant sur une voie SNCF.

Deux d'entre eux désigneront le troisième comme le meutrier. Lui niera jusqu'au bout. Il refusera même de participer à la reconstitution ordonnée par le juge et, au cours de laquelle il a failli se faire tuer.

Un habitant de V-sur-B, grimpé sur le toit d'une habitation et porteur d'un fusil à lunette voulait faire justice lui même.

Un coup de chance cette enquête? Ouais, si vous voulez.

Au fait, le "tub" citroën, il était pratiquement neuf, seul le silencieux d'échappement manquait en partie.