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Madame Claudia.


Madame Claudia a 72 ans, elle est honorablement connue. Malgré son âge elle passera la nuit de Noël 1973 en prison. 

L'hôtel-restaurant qu'elle gère d'une main de fer à V. attire, outre les touristes, nombre de personnalités locales. Rien ne laisse à présager un épisode aussi triste dans la vie très ordonnée de Madame Claudia. 

C'est un habitant fouineur, curieux et insomniaque de V. proche voisin de l'hôtel qui donnera l'alerte. 

Il a remarqué que l'hôtel était surtout fréquenté par des hommes et des femmes arrivant seuls dans l'établissement. Il a reconnu certains des clients qu'il sait mariés mais qui viennent dîner et parfois coucher sans leur conjoint. 

A tout hasard, il en parle à la gendarmerie locale, qui en parle à la B.R. qui demande que les numéros des voitures stationnant devant l'hôtel soient relevés discrètement au cours des patrouilles nocturnes. 

Un registre est ouvert où figure date, n° de véhicule et nom du propriétaire. 

Après plusieurs mois le registre s'étoffe. Un simple examen montre toutefois qu'il s'agit souvent des mêmes personnes hommes ou femmes qui fréquentent l'endroit. 

Pour les hommes, d'affaires, politiques, ou autres, rien à dire. Les femmes, par contre sont bien connues...des services de police. Des prostituées, et de luxe venant toutes de la grande ville toute proche

Et Madame Claudia dans tout ça? La prostitution n'est pas réprimée, le proxénétisme si. 

Mme Claudia est-elle une "mère maquerelle"? Rien ne permet de l'affirmer. Le fait d'héberger, en tant qu'hôtelière, les ébats de couples illégitimes, n'a rien de répréhensible à moins d'en percevoir un profit plus substantiel que le prix de la chambre. 

Le procureur n'est pas très "chaud", au vu des éléments recueillis, pour faire ouvrir une information. 

Mon patron, toujours le petit chef, remarque que l'une des femmes, cliente assidue de l'hôtel, a totalement disparu des listes depuis quelques mois. Il décide de la rencontrer. 

Déçue, elle raconte. L'hôtel est bien une maison de passe. Madame Claudia a recruté une douzaine de ses copines qui, au moindre coup de téléphone, se rendent à l'hôtel ou un "client" les attend. Repas fin, champagne puis dodo. 

Les prix sont fixés par la patronne qui en reverse une partie à ces dames. Pas assez d'après la repentie, qui s'est mise à son propre compte. 

Le procureur est un peu plus sensible à ces nouveaux arguments mais demande quelque chose de plus tangible que les aveux d'une prostituée. 

Une perquisition est décidée dans l'établissement. Il faudra demander l'accord de Mme Claudia car nous sommes toujours en enquête préliminaire. 

Au jour prévu, à 6h00 du matin, avec le renfort d'une quinzaine de gendarmes Mobiles, l'hôtel est investi. La patronne pousse les hauts cris mais elle n'a rien à se reprocher, vous pouvez fouiller partout. 

La perquisition est, on ne peut plus négative. Personne dans les chambres, le registre de logeur est bien tenu. 

C'est un jeune gendarme mobile qui remarque, de loin, qu'un employé jette un paquet à la poubelle. Il trouve alors une épaisse liasse de tickets de téléphone, les récupère et les remet au chef de la B.R. Ce sont les relevés téléphoniques de l'hôtel depuis au moins 6 mois. 

Les tickets sont saisis, Madame Claudia, très pâle, signe le scellé. 

L'enquête démarre enfin. Les numéros demandés à partir de l'hôtel sont, pour la plupart, ceux de prostituées notoires. Il y en a une quinzaine. Toutes seront entendues mais toutes ne seront pas aussi bavardes. 

Le nom de Claudia sera cependant cité à plusieurs reprises. 

Les faits sont reconstitués et le délit est établi : un client esseulé se présente à l'hôtel, demande de la compagnie et Madame Claudia téléphone à une de ses filles.

Pas d'hôtesse montante pas de fille en permanence. Le monsieur est à sa table, devant un apéritif, son "épouse" arrive un peu après. Un établissement très correct vous dis-je, fa-mi-lial même.

Le procureur s'énerve et demande à voir la tenancière, qui lui sera présentée la veille de Noël. Elle passera le réveillon à la Maison d'Arrêt. 

Au cours de l'enquête, la visite des gendarmes en fin d'après midi, chez une prostituée a certainement laissé un souvenir piquant chez les voisins.

La somptueuse propriété de la belle était gardée par trois molosses intraitables que la vue des uniformes avaient rendus comme fous. 

Les gendarmes (j'en étais) ont dû, sur les conseils de la demoiselle, entrer dans la maison par une fenêtre donnant sur la rue. 

C'est ainsi que se font les réputations.