MENU

Le secret de la confession



L'abbé Julien est bien embêté. Pas à cause de la vingtaine d'âmes dont il est le berger dans ce petit village de montagne (qui compte seulement une centaine d'habitants), c'est cette femme qu'il a reçu hier en confession et surtout l'encombrant cadeau qu'elle lui a fait, qui lui pose problème.

Mon père j'ai pêché.............Je ne peux pas garder le produit de ma faute, je vous le donne, remettez le à vos pauvres.

Donner à ses pauvres, deux manteaux de fourrures, plusieurs vêtements griffés, des chaussures de marque  et divers dessous dont certains au design très  évocateurs, le tout à l'état neuf, n'emballe pas trop notre curé. Il y en a pour plus de 100.000,00 francs (de 1973)

La dame, il la connaît. Il était déjà son confesseur dans une autre paroisse. Que faire, bon sang, que faire?

Eurêka, je vais refiler tout cela aux gendarmes, qu'ils se débrouillent avec.

Le Commandant de la brigade de N. est, à son tour, bien embêté. L'abbé a toutefois consenti à lui faire une déclaration :

""""Je vous remets ces divers objets qu'une personne m'a donné. Je ne peux vous en dire plus, le reste relevant du secret de la confession.""""

Lecture faite, persiste et signe.

La mode était à l'époque à une certaine simplification des écritures mais là c'était  trop. De plus, les marques d'origine cousues sur les vêtement sont soigneusement coupées. Pas moyen d'en déterminer la provenance. Rien aux différents fichiers d'objets volés, pas de cambriolages récents.

Appel à la Brigade de Recherches.

Inventaire du matériel, recherches diverses. Le chef de la B.R. croit se souvenir que les fourrures de valeur portent la marque cachée du fourreur. Coup de fil à un fabricant connu. Oui, il y a bien une référence secrète. Elle se trouve à tel endroit, en principe. Gagné. Avec la référence c'est un jeu d'enfant de trouver où les manteaux ont été expédiés.

Le marchand contacté n'a pas eu de vol à déplorer. Comment? A qui a été vendu tel manteau? Là vous me posez une colle. Il faut que je recherche et je n'ai pas que ça à faire. 

Dans le cadre d'une enquête préliminaire, il n'y a pas beaucoup de moyens de pression. On attend le bon vouloir du commerçant.

Huit jours plus tard, appel du fourreur. Ces manteaux ont été achetés telle date et payés avec un chèque signalé volé. Je viens de recevoir l'avis de rejet de ma banque. S'il vous plaît, messieurs les gendarmes, aidez moi. Là, on sent nettement que le vendeur est prêt à coopérer.

Transport dans la grande ville avec une réquisition du procureur.

Le commerçant se souvient très bien de ces deux dames blondes, la quarantaine à peine, un peu arrogantes qui lui ont acheté pour plus de quarante mille francs de peaux de bêtes. Le chèque lui a semblé de bon aloi d'autant qu'il était accompagné d'une pièce d'identité en règle. 

Vous croyez que je vais pouvoir récupérer mes fourrures, messieurs les gendarmes. Pas de problème. Dans un an ou deux, lorsque l'affaire sera jugée, vous adresserez une demande motivée au greffe du tribunal. (La prochaine fois aidez nous un peu mieux, monsieur le fourreur)

Recueil des signalements, signes particuliers? Néant.

Le chéquier volé maintenant. Tiens, la propriétaire réside dans mon ancienne circonscription à X. La victime,  chef de service dans une usine de la ville est une belle femme brune, très à l'aise. C'est exact, on lui a volé son carnet de chèques et ses papiers d'identité dans sa voiture, une ford escort neuve, sans effraction. Vous les avez retrouvés?

Une plainte a bien été déposée au commissariat de police un peu avant les fastueux achats.

C'est en retournant dans le fief de l'abbé Julien, à la recherche du renseignement, qu'un témoin, très certainement anti-clérical, nous aidera. Le curé, oui il est pas mal, mais je  fréquente pas. 

Par contre, y s'embête pas, y reçoit de ces nanas. Tiens, il y a quinze jours, une p. de jolie brune avec une ford escort. Elle a passé au moins une plombe chez lui. En partant elle a lui a laissé un gros colis. Sans doute une dame patronnesse, ajoute t'il sournoisement.

Un soupçon d'enquête supplémentaire et nous saurons que le curé exerçait son ministère, il y a quelques années à X.

Faut-t'il vraiment que je raconte la suite?

Si vous avez eu le courage de lire jusque là, quelques lignes de plus!

Nous allons chercher notre dame brune dans son usine. Elle nous reçoit un peu fraîchement mais finit par accepter une perquisition à son domicile.

Qu'espérez vous trouver, Messieurs. Pas grand chose, Madame, mais on ne sait jamais. En fait nous trouverons juste une perruque blonde bien à la vue sur une coiffeuse et, dans un tiroir de cette même coiffeuse, une photo de la dame provenant d'une carte d'identité (cachet de la préfecture faisant foi.)

L'autre blonde est une amie. C'est elle qui a collé sa propre photo sur la carte d'identité et qui a signé les chèques.

Pourquoi ces deux femmes, de statut relativement aisé, possédant mari, voiture et argent de poche se sont-elles livrées à ce genre d'exercice?

Elles avaient l'habitude d'effectuer ensemble leurs emplettes dans la grande ville et, sans aller jusqu'à se commettre dans les surfaces à bon marché, elles ne pouvaient s'offrir la Boutique avec un grand B.

Toutefois, elles entraient dans ces temples du bon goût, palpant, essayant, demandant les prix, marchandant,  jusqu'au jour où un jeune vendeur inconscient leur a dit méchamment : "quand on a pas les moyens, mesdames, on ne vient pas ici"

Mortellement atteintes dans leur dignité elles se sont promis de revenir... et dans d'autres conditions...

Elles n'ont jamais pu porter leurs acquisitions, les maris risquant de se poser des questions. Elles regrettent.

En fait il n'y a pas de gros préjudice. Tout les objets bien mal acquis sont restitués, avec l'accord du Parquet, dès que l'enquête est terminée. Une condamnation de principe sanctionnera nos deux belles. L'une d'elle, m'a t'on dit, aurait perdu la foi.

Pardon monsieur l'abbé.