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La première brigade

Au départ, pas de galons, je ne suis pas encore sous officier. Je n'ai pas le droit de faire grand chose.

Puis, deux mois plus tard, prestation de serment au T.G.I. local, en séance publique. Serment appris par coeur : "Je jure d'obéir à mes chefs en tout ce qui concerne le service...etc.." Appelé le premier de la séance à la barre, je n'ai que le temps de lever la main droite et dire "je le jure". Le juge avait débité à ma place, sans respirer, les mots fatidiques.

Ca y est, je suis sous officier, j'ai un galon.

Le personnel de la brigade : l'adjudant,quatre gendarmes "anciens" , un de mon âge, un plus jeune affecté depuis quelques mois.

La devise des anciens (qu'il fallait vouvoyer) : tu cherches dans l'armoire, petit, tout est là pour ton instruction. Les deux autres m'ont aidé, l'adjudant aussi.

J'ai suivi à la lettre l'axiome des anciens. J'ai ouvert l'armoire et lu toute la documentation qu'elle contenait.

Service service tout de même l'adjudant. Toujours tiré à quatre épingles, il a surpris tout le monde lorsqu'il est parti à la retraite prématurément (à 48 ans) et qu'on l'a revu après avec des cheveux longs et des vestes à carreaux (la vraie vie disait-il). Un des gendarmes de la brigade, le plus jeune, s'était laissé allé à fréquenter une autre femme que la sienne. Il a divorcé et a du partir. L'adjudant a du partir aussi. Il était au courant de la liaison mais n'avait rien dit à la hiérarchie.

NOTE POUR LES CIVILS : Vous trompez votre femme, vous êtes viré et votre chef de service doit, sous peine d'être emm. à vie, trouver du travail ailleurs.

Dans la Gendarmerie, il faut donner l'exemple, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. (Maintenant on accepte le concubinage)

Je l'aimais pourtant bien cet adjudant.

Son remplaçant, un MDLCHEF, ce n'était pas pareil. Plus rustique, il distribuait généreusement les week end de repos en échange de quelques menus services : invitation à la chasse ou à la pêche etc..Je n'étais ni chasseur, ni pêcheur et, au 11 novembre de l'année 1972, j'avais "bénéficié" de deux dimanches de repos.

NOTE: Un militaire de la gendarmerie avait droit à un jour de repos par semaine + dans la région ou j'étais affecté, à une demi journée supplémentaire mais ce n'était pas réglementaire

A cette époque où les cinémomètres faisaient tout juste leur apparition, les contrôles de vitesse s'effectuaient au moyen d'un chronomètre. On mesurait la distance entre deux poteaux (ou arbres) et on calculait la vitesse en fonction du temps mis par l'automobiliste à franchir cette distance. Monsieur, vous avez parcouru 150 mètres en X. secondes, vous rouliez à 80 Km/heure dans l'agglomération. Et ça marchait.

Ca n'avait pas trop bien marché pour mon nouveau C.B., dans sa précédente brigade.

Les chronomètres n'étant pas fournis par la Direction, les chefs de brigade devaient solliciter leur Maire pour s'en faire offrir un.

Mal vu, pour quelque obscure raison, mon bon Chef s'était vu refuser le "cadeau".

La boussole par contre faisait partie de l'équipement de base de la brigade. Il a donc chronométré à la boussole jusqu'au jour ou un contrevenant, journaliste, la lui a arraché des mains et a pondu un article dans son journal "Le Hérisson". La DGGN n'a pas véritablement aprécié.

Le jeune, celui qui a divorcé, a été remplacé par un ancien. Ce dernier était gendarme mobile, affecté depuis 15 ans aux cuisines d'un mess (il en faut). Touché, par je ne sais quelle loi scélérate, il se retrouve dans une brigade, obligé de troquer ses livres de cuisine contre un carnet de déclarations et ses gamelles par un stylo à bille.

Que faire avec un carnet de déclaration et un stylo à bille? Notre ancien ne s'est jamais posé la question. A défaut de faire la cuisine il s'est contenté d' effectuer consciencieusement les divers travaux d'entretien inhérents à une vie en communauté et de distribuer sans trop de largesse quelques timbres-amende à des contrevenants qui étaient parvenus à l'énerver.

Les autres gendarmes de la brigade faisaient leur boulot.

Outre le travail proprement dit, le gendarme doit suivre une formation continue, assimiler les nouveaux textes et les nouvelles lois. Et puis, il y à la préparation à l'examen d'O.P.J.

La préparation durait alors trois ans. Je l'ai commencée en septembre 1971, après deux ans et demi de service, raté une fois l'examen (nul n'est parfait) puis obtenu le diplôme en 1975.

Qu'ai-je fais d'autre dans cette première brigade? J'ai appris mon métier, appris à verbaliser, à constater des accidents de la circulation, à enquêter, à connaître.

Mon arrivée a pratiquement coïncidé avec l'incendie tragique du CINQ SEPT . La Gendarmerie a été sollicitée afin de recenser tous les établissements recevant du public et pour faire mettre en place les "registres de sécurité" dont on parle tant actuellement.

J'ai, avec un autre gendarme, été chargé de ce recensement dans toute la circonscription de la brigade, ce qui ne constituait pas un mince travail.

Vous trouvez que je ne parle pas beaucoup de ma famille dans tout ça ?

Les gendarmes "bénéficient" d'un logement de fonction, gratuit, sur place, à la brigade. De ce fait, les animaux domestiques, les amis, la famille étaient "tolérés" certains après autorisation du Commandement. Cela a un peu changé maintenant.

Je ne parlerai pas trop de ma famille.

Ca vous intéresse toujours?