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Dix ans de purgatoire



Ma faute, impardonnable, m'aura coûté dix années de grade.

J'ai fait, comme j'en avais le droit, une demande d'inscription au tableau d'avancement, à mon arrivée à X. en 1983. Refusée. Je l'ai rétitérée en 1984, idem.

Ensuite j'ai arrêté. Ce n'est qu'en 1990 que le commandant de Légion s'est inquiété de cet adjudant qui ne sollicitait pas le grade supérieur. Il m'a donc été demandé de refaire une demande.

Entre temps, ma notation qui avait beaucoup souffert de mon erreur passée, s'était redressée spectaculairement jusqu'à atteindre le maximum.

Pourtant, extrèmement déçu de ma "disgrâce" j'avais suivi le vieil adage :"Il n'y a que celui qui ne fait rien qui ne se trompe pas". Ce n'est pas que je restais sans rien faire mais les enquêtes judiciaires n'étaient plus ma tasse de thé.

De toutes façons je me demandais toujours la raison d'être de cette brigade de X.

A l'effectif : un adjudant-chef, un adjudant, un chef et 7 gendarmes pour surveiller UNE commune. Les deux autres, que comportait le canton, étaient situées en zone Police.

Il est vrai que l'agglomération pouvait, à la rigueur, passer pour "difficile".

Dans les années 1970, l'usine de construction automobile de X. recrutait à tour de bras des ouvriers immigrés. Tous les jours un nombre impressionnant de ces travailleurs arrivait dans la commune. Il fallait alors les recenser et surtout les surveiller.

A partir de 1980 c'était l'inverse. Les gendarmes eux sont restés.

Je m'étais spécialisé dans les enquêtes que les autres gendarmes répugnaient à effectuer : découvertes de cadavres dans les appartements (2 à 3 par an), vols de pièces détachées dans l'usine toute proche (2 à 3 par mois et, surtout, réquisitions des magistrats).

C'était beaucoup moins dangereux que d'arrêter des auteurs de hold up.

J'avais bien un peu le sentiment de ne pas mériter ma prime de risque mais tellement de militaires dans les bureaux, par exemple, étaient dans mon cas que mes scrupules se sont étouffés d'eux mêmes.

D'ailleurs la délinquance était qualifiée de petite, vols à la roulotte, cambriolages d' habitations et de magasins. Comme le reste du personnel de la brigade connaissait bien son petit monde, le taux d'affaires élucidées était relativement élevé.

Nous étions bien logés. Mon épouse avait retrouvé du travail dans un commerce. Les enfants grandissaient et commençaient à s'occuper sérieusement de leurs camarades d'écoles féminins.

Mon commandant de Brigade, l'adjudant-chef Y., était un ami, plus administratif et relations publiques, qu'homme de terrain et il envisageait de finir sa carrière outre-mer.

Le Chef d'Escadron commandant la Compagnie était en déplacement au Liban (sur sa demande) et son adjoint le capitaine D., très occupé par une liaison extra conjugale.

Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Je me suis même fait un ami au sein de la brigade. Un jeune loup plein d'ambition.

Il n'était pas intéressé par l'avancement mais par un emploi dans une brigade de recherches. (J'avais fait un émule). Il est parvenu à ses fins mais en privilégiant sa vie de famille au détriment de l'avancement.

Nous nous voyons toujours et échangeons des idées sur la Gendarmerie.