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J'ai, quand même, été Président...



...du Comité des fêtes de la Compagnie de Gendarmerie de D.

Je n'avais rien demandé mais la question m'avait été posée par le Capitaine : Durang, êtes vous volontaire pour être Président du Comité des fêtes de la Compagnie sinon vous serez désigné d'office. Je tiendrai compte de votre décision dans votre notation. Dur mais juste l'Officier.

La réponse, instantanée, et sans aucune arrière pensée : je suis volontaire mon Capitaine. Vous savez, ça n'a pas beaucoup d'amour propre un adjudant.

Les membres du comité des fêtes pratiquement tous volontaires comme moi, oeuvrent donc pour distraire, plusieurs fois dans l'année, les personnels de la gendarmerie et leur famille.

Le but ultime est de réunir des fonds destinés à offrir aux enfants un semblant d'arbre de Noêl.

Ensuite, le bénéfice éventuel est reversé aux services de la Légion pour financer d'éventuelles opérations de relations publiques. Bizarrement, il n'y à que rarement du bénéfice

Les manifestations prévues consistent principalement en des réunions amicales des familles de militaires auxquelles se joignent parfois les retraités de l'Arme.

Je ne parlerai pas des tombolas où les gendarmes doivent solliciter les amis que j'ai déja cités, pour obtenir jambon, grille pain ou autre colifichet, car ces pratiques d'un autre âge sont maintenant, parait-il, rigoureusement interdites.

Sainte Geneviève, patronne des gendarmes est également fêtée par un maximum de personnels, parfois un peu contraint.

Mais ces réunions sont relativement peu génératrices de gains.

Aussi on organise le "bal de la Gendarmerie" où sont invités gendarmes et amis civils des gendarmes.

Il n'y a rien là que de très normal. Il y a bien le bal des Pompiers, le bal de la Police, le bal de la Préfecture et personne n'y trouve à redire.

J'ai donc eu, avec mon équipe de gendarmes et gradés volontaires, à organiser les différentes festivités prévues au calendrier.

C'est le bal qui causait le plus de problèmes. Chaque année il réunissait environ 1000 personnes dans une salle des fêtes communale proche du siège de la Compagnie.

L'année de ma présidence c'est 1200 personnes que nous avons du accueillir.

C'est ce qu'on appelle une manifestation de prestige car, sont invitées également, les autorités militaires, administratives, judiciaires etc.. que le Commandant de Compagnie reçoit à sa table.

A ce sujet, je n'ai pas eu de compliment pour la décoration de cette table pourtant fleurie à outrance et recouverte d'une vraie nappe en tissu. Mais, Durang, à quoi pensez vous, vous avez oublié les bougies.

Dessin publié avec l'aimable autorisation de M. Jacques Revise, directeur de l'Essor de la Gendarmerie Nationale
(Vu pour vous dans l'Essor de la Gendarmerie Nationale)

C'est donc à quelques dizaines de minutes de l'ouverture du bal que j'ai du me précipiter au supermarché proche et, de mes deniers, acquérir quatre très jolis petits porte bougies avec leur garniture de cire colorée.

Je me ferai rembourser par le trésorier, ais-je songé sur le moment. Par contre je n'avais pas envisagé une seconde que les chandeliers fantaisies pourraient avoir disparu à la clôture du bal. (Il paraît que ça arrive aussi chez ROBUCHON et à la COTE D'OR..)

Le G.A. préposé au service exclusif des hôtes de la table officielle m'a affirmé qu'il n'avait rien remarqué. Moi, par contre, j'ai bien vu qu'il était très gêné de son mensonge... diplomatique.

Je n'ai pas été remboursé de mon achat. Mon trésorier, un M.D.L.Chef que je connaissais pourtant depuis dix ans, n'a rien voulu savoir : pas de bougeoirs pas de chèque. Que veux tu que j'en fasse de ton ticket de caisse de Mammouth?

Plus tard, lorsque je suis allé acheter les jouets de Noël, le commerçant m'a offert, comme à mon prédécesseur disait-il, cinq pour cent de ristourne sur les 40.000,00 Francs du montant de la commande. J'ai refusé car cela représentait plus de dix fois la perte subie. On ne se refait pas.

Quelques enfants ont eu un cadeau un peu plus conséquent que les autres mais comme il s'agissait d'orphelins, personne ne m'a rien reproché.

Nommé, en principe, pour trois ans à ce poste honorifique, j'ai demandé à être relevé de mes fonctions à la fin de l'année festive.

Je n'ai rien remarqué d'anormal dans ma notation.

Des légendes courent sur l'organisation beaucoup plus rigide des festivités en certains endroits où les participants sont tenus d'endosser leur uniforme agrémenté d'un noeud papillon pour les gendarmes et gradés, les officiers, eux, revêtant une tenue de cérémonie plus seyante que la vareuse.

Toujours dans le chapitre des légendes, il y a ce Commandant de compagnie qui, ne parvenant pas à trouver assez de participants civils pour le bal prévu, aurait donné comme instructions à ses hommes de laisser aux automobilistes fautifs un choix généreux entre une contravention et une entrée au bal. Mais là, j'y crois pas.

D'ailleurs questionné à ce sujet par son supérieur, il a incriminé la niaiserie de ses gendarmes qui n'avaient pas saisis le degré exact de sa plaisanterie. Un nom? Je ne peux pas donner de nom puisque c'est une légende.