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Premier Commandement



Je commanderai cinq années la brigade de U. Cinq années qui resteront dans ma mémoire comme les plus fructueuses de ma carrière.

Bien sûr, au départ, j'avais certaines appréhensions. Commander cinq militaires et assumer la responsabilité d'une brigade n'a rien à voir avec les missions d'un simple exécutant. J'allais donc devoir faire mieux que ceux que j'avais critiqué auparavant.

Mon adjoint m'a beaucoup aidé. Plus jeune que moi de trois années il était toutefois plus ancien dans le métier. C'est donc lui qui m'a appris à gérer toute la paperasserie et donné quelques tuyaux sur les finesses du commandement. Nous sommes toujours amis après 22 ans.

Commander une brigade c'est faire face à toutes les situations avec le personnel dont on dispose et ne demander du renfort qu'en cas de situation désespérée, sachant que les autres brigades sont confrontées aux mêmes problèmes avec le même effectif minimum.

Depuis toujours, le gendarme, hormis ses deux jours de repos hebdomadaires, était disponible 24h/24. Ceci n'est pas une légende et signifie que des missions de vingt quatre et même quarante huit heures consécutives étaient monnaie courante.

Pourquoi dis-je "étais". Parce que depuis quelques années une réorganisation du service consistant à jumeler deux ou trois brigades, permet aux gendarmes de disposer de "quartiers libres", leurs permettant d'avoir, à partir de 19h00, une relative tranquillité, deux ou trois jours par semaine.

Toutefois, il n'est toujours pas concevable de commencer une enquête importante et de l'abandonner pour une simple question de fatigue physique.

De plus être commandant de brigade impose d'être au courant de tout et de participer à presque tout. Je ne me plains pas, j'explique.

NOTE : Nos camarades policiers ont adopté un autre système qui consiste à effectuer un service en 3/8, gros consommateur de personnel, que la gendarmerie n'a jamais envisagé. J'y reviendrai.

Donc cinq militaires à commander, à former aussi car presque tous jeunes.

Une surprise. En recensant le matériel de la brigade, je découvre un appareil photo tout neuf, encore dans son emballage. C'est l'appareil de la brigade et il n'a jamais servi.

Je pose la question de savoir comment les gendarmes procèdent pour les clichés à joindre aux P.V. d'accidents ou de constatations diverses. On me répond qu'il est noté dans les procédures :"photographies inexploitables". Impensable. Une formation de plus à assurer.

Il n'y a pas de grosses affaires à U., le dernier crime remonte à 10 ans. Par contre la proximité de la ville amène son lot de petits cambriolages et de vols de stupéfiants dans l'unique pharmacie du village.

Si, tout de même une tentative de hold up dans une agence bancaire. Deux hommes cagoulés et armés ont tentés d'arracher sa sacoche, emplie de billets, à un employé. Celui-ci a pu les mettre en fuite. Il nous donnera un signalement précis et des hommes, et du véhicule utilisé que l'on retrouvera brūlé le soir même à quelques kilomètres. L'immatriculation était fausse mais il s'agissait bien d'une voiture volée.

Avec le concours de la B.R. l'enquête est engagée. Elle nous mènera dans un village proche où une perquisition chez une prostituée de luxe permettra de découvrir les plaques du véhicules. Les deux auteurs présumés sont des connaissances de notre prostituée. Ils n'avoueront pas mais seront tout de même placés sous mandat de dépôt... pour être remis en liberté deux jours plus tard.

Nous l'apprendrons au cours de l'enquête sur commission rogatoire, ils s'agissait de deux militants très actifs appartenant à un parti politique connu. Apparemment ils n'avaient pas besoin d'argent mais le parti, si. (cela se passait quelques mois avant les élections de 1981).

J'ai tout de même obtenu, ainsi que deux gendarmes qui m'avaient assisté, des félicitations écrites.